Photos au jardin et biodiversité

Photos au jardin et biodiversité



En France la surface cumulée des jardins représente plus d'un million d'hectares soit la même surface que celles de nos réserves naturelles !!! Ces espaces bien souvent très (trop) artificiels peuvent devenir pour ceux qui le souhaitent, des îlots de nature, qui attireront une faune variée. Quoi de mieux pour un photographe animalier qu'un spot photo à domicile ! C'est sur la base de ce constat et de ma modeste expérience que je vous livre ici quelques conseils pour que votre jardin devienne un petit coin de nature !


Règles générales pour avoir un jardin accueillant pour la vie sauvage
Pour attirer une faune variée dans votre jardin, il faut qu'elle y trouve, de la nourriture, des abris et un lieu de vie.
Plus vous diversifierez les milieux de vie (Pelouse, jachère, potager, verger, mare, haie...), plus vous augmenterez la diversité des espèces animales.
Choisir vos plantations, pas seulement pour leur esthétique, mais aussi pour ce qu'elles peuvent apporter à la faune c'est à dire nourriture et gîte.
Prévoir l'emplacement de vos futurs affûts, bien orienté pour la lumière, puis organiser des perchoirs ou un point d'eau pour les oiseaux à bonne distance et soigner la végétation d'arrière plan pour avoir de beaux fonds flous.
Votre jardin devra être le plus naturel possible, évitez les produits chimiques (Fongicide, herbicide, engrais chimiques) prendre si nécessaire les produits de l'agriculture biologique. Attention la plupart des plants vendus en jardinerie sont traités aux néonicotinoïdes, le produit insecticide est déjà dans la plante (sève, fleur, nectar) et il y reste ! après la mort de la plante il passe dans le sol !!!
Choisir des plantes locales adaptés à votre sol et votre climat, elles résisteront mieux aux maladies ce qui vous évitera d'utiliser des phytosanitaires.
En plantant votre jardin, pensez que vous plantez le décor de vos futures photos, le rendu doit être naturel.


La pelouse et ses variantes
Presque tous les jardins ont une pelouse qui de nos jours répond à des critères d'esthétiques qui la font ressembler à une uniforme moquette verte de 1 pouce d'épaisseur. Cependant la pelouse peut être complètement naturelle, il suffit de laisser pousser la végétation locale et de tondre de temps en temps. Bien comprendre que chaque tonte vous coûte du temps et de l'argent, qu'elle pollue, fait du bruit, broie nombre d'animaux (insectes, batraciens, hérisson) et coupe les fleurs qui sont une source de nourriture (nectar et graines) pour insectes et oiseaux. Une pelouse naturelle vous offrira un beau décor pour photographier merle, grive, pic vert qui viendront y chercher vers de terre, fourmis et limaces. On peut y créer des zones de "pelouse" de différentes hauteurs pour diversifier les plantes qui s'installeront. Les endroits, où vous passez souvent, peuvent être tondus plus courts et plus fréquemment, ils seront le domaine des petites graminées, violettes, pâquerettes et du plantain. Les zones de "pelouse" les moins fréquentées du jardin peuvent être tondues une à deux fois par an, l'herbe y sera plus haute 20/30 cm (trèfles, marguerites). Enfin on peut créer un espace de type jachère avec des plantes plus hautes encore, que l'on fauchera seulement pour éviter la pousse des arbustes. Dans la jachère il est intéressant d'avoir des plantes à tiges creuses qui sont des sites de ponte pour de nombreux insectes (Cardères, Héraclées, Cerfeuil sauvage) et des plantes à graines comme les tournesols qui feront le régal des passereaux.
Nota :
- La fauche est moins destructrice de petits animaux que la tonte
- Tondre sans ramasser l'herbe coupée permet d'éviter l'apport d'engrais
- Tondre en fonction des floraisons pour laisser le temps aux plantes de se reproduire et aux insectes de butiner


Le Potager
Il est orienté vers la production d'aliments, il est moins intéressant pour la prise de vue.
C'est ici qu'il faudra faire preuve d'ingéniosité pour faire cohabiter la production du potager avec une faune variée. Il faut bien sûr faire très attention aux produits phytosanitaires, il est préférable d'utiliser ceux qui sont bio. Le jardin peut aussi produire des plantes qui soigneront vos légumes (Ortie, Prêles ...).
La binette, le paillage peuvent remplacer le désherbant. Certaines associations de légumes se protègent entre elles et d'autres, au contraire se concurrencent. Une partie de la faune du jardin peut vous aider à protéger le potager, à nous de faire prospérer ses hôtes utiles !
Il est intéressant de faire un compost qui améliorera la fertilité du potager sans avoir recourt à des engrais chimiques. Le compost permettra aussi l'installation d'une faune spécialisée dans la décomposition des végétaux.
Attention aux filets plastiques de protection des cultures, ils s'avèrent être des pièges mortels pour les oiseaux.


La haie
La haie permet de clore très efficacement son jardin, elle est un brise vent efficace et offre une bonne protection aux oiseaux qui y installent leurs nids. Là aussi choisir des essences locales adaptées à votre sol. La haie et les arbustes à baies fourniront une alimentation pour les oiseaux. Lors de la taille de la haie, je laisse les branches coupées au sol, elles forment avec les feuilles mortes un épais matelas qui permet aux hérissons d'hiberner.
Ce matelas maintient l'humidité au pied de la haie et sa décomposition la nourrit. Ce matelas abrite aussi de nombreux collemboles, sujets intéressants pour la macrophotographie. Ne jamais tailler une haie en période de nidification. Pensez à y incorporer quelques arbustes qui restent verts toute l'année, ils feront un couvert protecteur pour les oiseaux en hiver (Genévrier commun, if ....).
A titre d'exemple pour un sol calcaire de champagne crayeuse les arbustes de ma haie sont : Le noisetier commun (Corylus axellana), le sureau noir (Sambucus nigra), le cotonéater laiteux (Cotoneaster lacteus), le Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia).la viorne (Viburnum lantana) l'érable champêtre (Acer campestris) , le charme (Carpinus betulus) , le cornouiller mâle (Cornus mas) , Genévrier commun (Juniperus communis ) , mais il y en a bien d'autres.


Le verger
Comme le potager il est dédié à la production de fruits et l'emploi de produits de traitements bio est vivement recommandé. Le sol peut être laissé en jachère et tondu seulement une fois par an avant la récolte des fruits. les fruits non récoltés nourrissent les oiseaux ou alimentent le compost.
Dans les arbres les plus hauts on peut placer des nichoirs pour les oiseaux.


La mare
Avoir un point d'eau permanent dans un jardin est toujours un plus pour la faune. Il sera particulièrement attractif en période de canicule ou de grand froid (maintenir un accès à l'eau libre). En plus de son rôle d'abreuvoir il attire aussi d'autres espèces intéressantes pour la photographie (Libellules, batraciens ...).
Pour la réalisation il existe des bassins préformés en plastique ou la bâche en caoutchouc bien pratique car elle permet toutes les tailles, formes, profondeurs de bassin, elle s'adapte au trou que vous faites. Pour alimenter ma mare en eau j’ai enterré une canalisation qui va de la gouttière du toit de la maison à la mare.
Peu importe la taille du point d'eau, de la soucoupe à la grande mare, il sera utile ! Il convient dans tous les cas qu'il y ait une plage d'accès en pente douce, peu profonde, permettant aux oiseaux de se baigner et aux animaux qui tombent dedans de sortir facilement.
Là aussi vous pouvez prévoir votre mare (orientation, décor, plage en pente douce) pour y faire des affûts photographiques. Si elle est assez grande, vous pouvez y planter des iris d'eau, joncs, nénuphar, potamots (Attention les massettes (Typha latifolia) ont des rhizomes qui percent les bâches de bassin et surtout évitez les plantes invasives qui sont vendues en jardinerie et qui créent des véritables désastres écologiques en proliférant dans la nature (jussie, jacinthe d'eau, élodées ).


Les gîtes
Faire un tas de bois en y laissant des interstices, il abritera de nombreux insectes et peut être qu'un hérisson en fera son gîte d'hibernation. Faire un tas de pierres sur une place ensoleillée pour que les lézards puissent y prendre leur bain de soleil et s'y cacher. Sans oublier quelques nichoirs artificiels pour aider la reproduction des petits passereaux, Ils en existent de nombreux modèles dont la forme est à adapter aux oiseaux présents ou à ceux que l'on veut attirer.


La mangeoire
C'est seulement en hiver qu'il est judicieux de nourrir les oiseaux dans son jardin. Même lors des hivers doux, il est utile de les aider car leurs ressources alimentaires naturelles sont rares et leurs besoins énergétiques élevés.
En règle générale, commencer à nourrir de façon progressive vers la mi-novembre aux premières gelées. Lorsque l'on a commencé il ne faut pas s'arrêter, les oiseaux s'étant regroupés chez vous, ils auront du mal à trouver de la nourriture ailleurs que dans la mangeoire. Pour l'arrêt il faut attendre surtout la fin des gelées et le retour d'un temps plus "chaud" généralement la mi-mars. Il faut leur fournir une nourriture adaptée (tournesol, mélange "oiseaux du ciel", boules de graisse) et une coupelle d'eau en période de gel continu (nuit + journée). Il faut aussi veiller à désinfecter la mangeoire de temps en temps car les regroupements d'oiseaux favorisent la transmission des maladies.
On peut profiter de la venue de tous ces visiteurs aillés pour faire un affût photographique près de la mangeoire.

Les prédateurs non naturels
Les animaux de votre jardin ne manqueront pas d'attirer des prédateurs non naturels, les chiens mais surtout les chats qui ne sont que très rarement contrôlés par leur maître. En France on estime à 25 millions par an le nombre d'oiseaux tués par les chats !!! Les chats tuent également orvets, grenouilles et écureuils ! Si vous avez un chat que vous ne maîtrisez pas, équipez-le d'un collier avec une clochette. Il convient de porter une attention particulière lorsque vous installez la mangeoire, il faut la placer en hauteur dans un endroit dégagé où les oiseaux pourront voir arriver le chat de loin. Lorsque vous installez un nichoir il faut que le trou d’accès soit le plus loin possible de tout autre support qu’un prédateur pourrait utiliser pour capturer les oiseaux lorsqu’ils sortent. Le point d’eau devra aussi être dans une zone dégagée, sans cachette possible pour les chats, les oiseaux sont particulièrement vulnérables quand ils se baignent, leur plumage mouillé ne permet pas de décoller rapidement.

Pour illustrer l'article, quelques photos prisent dans mon jardin.

 

 

 

 

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